Pourquoi ils ont pris arabe en LV3

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Amina, Hajar, Mariam et Yassine, lycéens au lycée Saint‐Exupéry, ont mis en avant l’intérêt de faire de l’arabe en LV3 afin d’avoir des points en plus au bac, mais aussi de pratiquer une langue en lien avec l’origine de leurs parents

« Je ne connaissais rien en arabe j’étais curieuse. » Amina, dix‐huit ans, était cette année en terminale ES au lycée Saint‐Exupéry de Mantes‐la‐Jolie. Passionnée par l’apprentissage des langues étrangères, elle avait commencé avec un niveau qu’elle qualifie d’ « inexistant ». Elle ne savait ni lire ni écrire. Amina et ses camarades Hajar, Mariam et Yassine, qui ont suivi de la seconde au bac cette option, ont réussi à obtenir des points supplémentaires au baccalauréat, une autre motivation importante. Mariam a eu un vingt en arabe au bac.

Dans la plupart des cas, ils se sont orientés vers cette langue car ils maîtrisaient déjà un dialecte de l’arabe, parlé à la maison, ce qui leur a permis d’être « beaucoup avantagée », selon Mariam, en terminale littéraire. Tous en viennent à parler des similitudes entre l’arabe dialectal et le littéraire, et la prononciation qui diffère. D’ailleurs, pour Hajar, en terminale S à Saint‐Ex, il y a « plus de similitudes que de différences entre le dialecte et l’arabe littéraire, et parfois même des mots français sont arabisés. Par exemple taxi donne “taxiyet“ ». Pour un grand nombre de ces jeunes l’apprentissage de l’arabe leur a permis de mieux s’exprimer « au bled » et de mieux comprendre les chaînes arabes qui sont regardées au sein de leur foyer.

Tout comme Amina, Mariam, Hajar et Yassine ont un attrait pour l’apprentissage des langues étrangères. Amina aimerait bien apprendre l’ourdou (un dialecte du Pakistan), le perse et le japonais « Apprendre des langues ça ouvre aux autres cultures, ça évite les préjugés, on a moins peur de l’autre et c’est pour cela que j’aime ça » dit‐elle. Mais pour Hajar, apprendre une nouvelle langue nécessite « du temps et de l’investissement, ce qu’on n’a pas toujours ». Cette option a aussi permis au cours de ces trois années d’alimenter la curiosité intellectuelle qui animait Amina envers cette langue. Tout en lui permettant à elle mais aussi à Yassine de mettre les acquis de la LV3 en lien avec leur religion : « C’est toujours mieux de lire le Coran dans la langue d’origine et comprendre sans traduction ce que l’on lit » affirme Amina.

Ces bacheliers et ces bachelières comptent bien continuer l’apprentissage de la langue arabe dans l’enseignement supérieur, s’ils en ont la possibilité, ou dans leur futur métier. Pour eux, savoir parler une troisième langue est un atout. « Si l’option connaît une forte demande à Saint‐Ex c’est parce qu’il y a beaucoup de maghrébins au Val Fourré », mais aussi parce que cela leur permet de se « sentir plus à l’aise » à l’école en entendant une langue parlée à la maison, ou en se retrouvant avec des personnes « ayant les mêmes codes ». Yassine, Mariam et Amina partagent aussi le fait de se sentir plus à l’aise et trouvent sympa qu’une langue en rapport avec leur origine soit enseignée à l’école.

Néanmoins, tous ces élèves ont pointé quelques aspects négatifs de cette option, à commencer par l’hétérogénéité des niveaux. Beaucoup d’élèves arrivent avec un très bon niveau d’arabe alors que d’autres n’ont que quelques bases voire aucune, comme Amina. D’autres, comme Mariam, se sentent « coincée entre deux niveaux », ce qui a compliqué son apprentissage. Ces lycéens regrettent aussi le fait d’être trop nombreux par classe en Seconde, environ une trentaine, quand il s’agit encore d’un enseignement d’exploration. Ils sont d’avis que proposer l’option arabe dès le collège pour les élèves volontaires serait une excellente idée. Hajar explique que cela pourrait permettre à tous ceux qui souhaitent continuer l’arabe au lycée d’arriver avec le même niveau ou au moins les bases essentielles, ce qui permettrait d’apprendre plus de choses « trois ans ce n’est pas assez pour apprendre l’arabe ! ».

« Certaines personnes ont demandé la LV3 pour être au lycée mais pas pour la LV3 » dit Hajar. Pour elle, chez certaines personnes acceptées le but premier est d’accéder à Saint‐Ex, réputé être un bon lycée dans le Mantois, puis d’arrêter l’option dès que possible par la suite. Face à cette forte demande, le fait que Saint‐Ex soit le seul lycée du bassin à proposer cette option engendre beaucoup de refus. Ce qui est problématique car parmi les personnes refusées il y a parfois beaucoup de motivations à s’engager pour trois ans d’arabe, alors que « Ces élèves ayant été refusé se présentent par la suite à l’option arabe mais en candidat libre, ils ne savent souvent pas ce qu’il faut présenter le jour de l’oral, ce qui complique alors leur préparation » explique Hajar. Ouvrir des classes dans d’autres établissements permettrait alors de réduire la demande à Saint‐Ex, d’accepter plus d’élèves, voire de réduire le nombre d’élèves en classe d’arabe ce qu’Hajar estime plus juste.

Pour Mariam le sentiment qu’i est moins légitime de faire de l’arabe qu’une autre option subsiste. Elle a la vague impression que certaines personnes peuvent penser que « les élèves qui ont pris la LV3 arabe ont choisi la facilité ». Pourtant, rares sont les élèves commençant la matière avec une maîtrise correcte de la langue. Connaître un dialecte peut peut‐être aider certes mais il ne contribue pas à rendre cet enseignement facultatif plus facile pour tous ceux qui l’ont choisi. Pour Mariam, la langue arabe n’est pas assez valorisée alors que c’est un véritable atout de la connaître. Elle estime que la langue arabe devrait être proposée dans plus de lycées. Et surtout, que son image de langue rare change : « l’arabe est souvent présentée comme une langue rare. Mais elle n’est pas si rare que ça ».

Séphora Bensaad

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